La ratification d’un nouveau protocole de soins des Algériens en France fait polémique dans le milieu médical algérien

Le président Abdelaziz Bouteflika a signé le Décret présidentiel n° 18-287 du 17 novembre 2018 portant ratification du protocole de soins permettant aux Algériens atteints de certaines maladies de se soigner en France. Ce protocole est annexé à la convention générale sur la sécurité sociale du 1er octobre 1980 relative aux soins dispensés en France aux ressortissants algériens. De son côté, la France a officialisé l’annexe par le biais d’une loi signée par le président de la République française, Emmanuel Macron, le 02 mars 2018.

Ce nouveau protocole est destiné, non seulement aux ressortissants algériens assurés sociaux, mais aussi aux démunis non assurés sociaux résidant en Algérie, sachant qu’auparavant, cette frange n’était pas concernée par ce protocole qui était destiné uniquement aux affiliés et leurs ayant droits.

Ces soins devront être payés à l’avance à hauteur de 35% par la CNAS. Cette mesure a été instaurée dans le but d’éviter une accumulation des impayés, sachant que la dette contractée par les ressortissants algériens auprès des hôpitaux français durant les années précédentes est plus importante que celle des autres patients de nationalité étrangère.

La procédure est simple, il faudra envoyer un devis détaillé (nature des soins, durée prévisible, date de réalisation) à la CNAS délivré par un établissement de santé français. Suite à cela, la CNAS devra émettre une autorisation de prise en charge du malade sur la base du devis, permettant au patient algérien d’être admis dans l’établissement de santé français muni d’une attestation de droit aux soins programmés.

Le Professeur Kamel Bouzid, président de la Société algérienne d’oncologie médicale a qualifié cette ratification de « blague ». Selon lui, « à de rares exceptions, l’Algérie peut soigner tous les types de cancers ».

« Nous avons tout ce qu’il faut, il suffit seulement qu’on nous aide en termes de médicaments innovants et en moyens », a affirmé le Professeur, en ajoutant que la ratification de ce protocole « n’est pas un aveu d’échec » mais plutôt « un mépris pour le système de soins algérien ».

Le  chef de service d’Oncologie médicale au Centre Pierre et Marie Curie (CPMC) affirme que son point de vue « est partagé par les médecins algériens qui supportent très mal tout ce mépris pour le système de soins national ».

Pour le médecin, il s’agit là, d’un « un outil important de clientélisme » sachant que ce protocole de soins « ne va profiter qu’à certains privilégiés du système ».

En évoquant la CNAS (Caisse nationale d’assurance sociale), qui sera l’acteur principal de la mise en œuvre de ce protocole de soins, le Professeur Bouzid explique tout en désapprouvant, que ce protocole « fonctionne avec les cotisations des Algériens qui n’ont pas vocation à financer les soins dentaires de la nomenklatura en France ».

A ce sujet, le Professeur Bouzid s’étonne que la CNAS « finance les hôpitaux français, s’inquiète pour les Français mais pas pour les Algériens alors que ce sont ces derniers qui la financent », en ajoutant que la caisse d’assurance « devrait plutôt commencer à mieux rembourser les soins ici, notamment dans le secteur privé où les tarifs sont totalement libres ».

Pour le président de la Société algérienne d’oncologie médicale, cet accord est simplement une « anomalie » qui a permis à « l’assemblée nationale française de discuter des soins des Algériens », tout en dénonçant cela, le professeur ajoute : « On est en 2018, pas en 1952, nous ne sommes pas des indigènes ! ».

Le Professeur Bouzid ajoute que « Cette histoire de protocole est risible et elle n’a pas lieu d’être. Nous sommes le seul pays au monde à exporter des malades ».